Nouveau polar en cours

Publié le par Sandrine et Igor

Découvrez ici en exclusivité le début inédit de mon tout nouveau polar:

Mais laissez donc les souris tranquilles !

Un polar inédit de Sandrine Liochon-Weislinger

Une douce pression m’extirpa de mon sommeil. Quelqu’un massait délicatement mon torse. J’ouvris les yeux. Un rayon de soleil filtrant à travers les trous de mes rideaux me permit de la voir, me regardant tendrement de ses grands yeux verts. Mon réveil la fit sourire. Sa tête fine et racée était la plus exquise qu’il m’ait été donné de contempler et son corps me paraissait le plus agréable que j’ai jamais caressé. Quel dommage qu’elle soit une chatte et non la femme de mes rêves ! Ses ronronnements me sont pourtant beaucoup plus agréables que les cris de plaisir de bien des maîtresses que j’ai eu.

Après quelques câlins avec mon amie que j’avais nommée Belle, nous primes de concert notre petit déjeuner. N’ayant plus de café, je partageais un bol de lait avec un peu de pain de la veille trempé dans le liquide, tout en essayant de me souvenir de ce que je devais faire de ma journée.

Mon agence de détectives, j’ai un peu honte de vous l’avouer, n’a rien de très florissant et je suis parfois obligé d’accepter des missions qu’un homme doté d’une honnêteté scrupuleuse refuserait avec énergie. Mais j’ai une famille à charge même si elle ne se compose que de Belle et de ma sœur Sue, une folle hypocondriaque qui va de sanatoriums en maisons de repos en passant par l’hôpital, le pire étant lorsqu’elle échoue quelque temps chez moi et me fait une crise de nymphomanie, s’exhibant en petite tenue à la fenêtre de la chambre pour se faire mater par les soixante locataires de l’immeuble d’en face, un vis à vis si proche que l’on peut se dépanner en sucre ou en farine en jetant le paquet par la fenêtre.

J’ai échoué dans ce taudis sans lumière après mon divorce d’avec Edna. Le petit coin de campagne où j’avais atterri avec cette blonde aguichante, un lieu qui m’était apparu au premier regard comme une sorte de paradis perdu était vite devenu un Enfer quotidien où menaces, disputes, coups et tension quotidienne font oublier le chant des oiseaux et l’idée même de calme.

Dans mon désir de changer de vie, j’avais sans doute poussé les extrêmes un peu loin en posant mes valises dans une rue bruyante, peuplée de bars sordides et mal famés, d’immeubles aux façades lépreuses et de pauvres types désespérés comme moi qui rêvent d’un avenir meilleur sans trop se faire d’illusions.

Le seul avantage de cet environnement est que ma sœur semble à peu près dans la norme les rares fois où elle fait son apparition. Dans un quartier plus huppé, les crises d’hystérie de Sue auraient entraîné une descente de police immédiate. Ici, elles ne suscitent qu’une indifférence apitoyée.

Mon coup d’œil matinal dans la glace de la salle de bains, si tant est que ce cagibi sans fenêtre mérite un nom aussi pompeux, n’était pas fait pour me remonter le moral. La peau de mon visage rivalisait de blancheur avec l’émail du lavabo, dommage que mes dents ne puissent pas en dire autant. Ma maigre face s’étirait en croissant de lune et mes yeux bruns cernés avaient l’expression du type qui vient de faire un mauvais rêve. A se demander ce que les femmes pouvaient bien me trouver lorsqu’elles me souriaient dans la rue : un côté romantique-mélancolique peut-être….

Pour me distraire de la triste inspection du fond de mes poches trouées et désespérément vides bien sûr, je me remémorais l’étrange visite reçue hier dans mon très modeste bureau, qui est en fait le salon de mon deux pièces aménagé à cet effet. Un type avait débarqué sur le coup de cinq heures alors que je m’apprêtais à fermer boutique. Malgré sa cravate rose criarde, son costume d’alpaga gris souris, sa chevalière en or, ses ongles soigneusement manucurés et ses cigares aussi gros que des saucisses ne laissaient aucun doute sur son aisance financière. Sa peau flasque qui pendait lui donnait l’air d’un cochon gras qui aurait été subitement mis au régime…

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