Le voyage au château oublié

Publié le par Sandrine et Igor

Sandra cligna des yeux,  aveuglée par les rayons du soleil,  et surprise par l’aspect bizarre de  l’autobus qui arrivait ; ses couleurs semblaient complètement délavées comme sa peinture n’avait pas été refaite depuis au moins une dizaine d’années.  Mais c’était forcement le car qu’elle attendait.  D’après le panneau indicateur,  il n’en passait pas d’autre à cet arrêt de campagne désert.

Lorsque la porte s’ouvrit en grinçant,  la jeune femme hésita.  Le chauffeur au teint livide ne tourna même pas la tête vers elle ;  il n’y avait personne d’autre dans le véhicule.  Son uniforme,  dans lequel sa silhouette squelettique flottait,  paraissait mité.  L’habitacle dégageait une odeur de renfermé lorsque Sandra monta d’un pas hésitant les quelques marches.

La voyageuse prit place sur un des sièges les moins poussiéreux et usés.  Le bus démarra sans le moindre bruit,  il semblait glisser sur l’asphalte.

A l’arrêt suivant,  le conducteur laissa monter un chien.  Sandra écarquilla les yeux,  incrédule.  Le vieux basset au ventre traînant prit dignement place sur un siège à l’avant.  L’animal ajusta son monocle,  s’assit à la manière d’un humain et se mit à lire dignement le journal.

L’autocar quitta la route pour s’engager dans un chemin de terre cahoteux,  longea des champs de colza puis de tournesols grands ouverts, tournés vers le soleil, avant de bifurquer à droite en pleine forêt sur une sente si étroite que des branches frôlaient les vitres du véhicule.
 

 

-Excusez-moi mais vous allez bien à Moulins ?  questionna la passagère avec inquiétude.

Le chauffeur ne lui répondit pas.  Rien dans son comportement n’indiquait qu’il ait entendu la question.  Il s’arrêta devant un arbre creux,  sans doute l’arrêt suivant.  Une immense tortue de terre d’un âge probablement antédiluvien monta en tenant précautionneusement une ombrelle dans une de ses pattes de devant.  Elle prit place à côté de Sandra.

-Beau temps,  n’est-ce pas ?  fit-elle observer en repliant son ombrelle avec soin.  Je dois faire attention à ma peau,  elle se dessèche avec le soleil.  Quelle imprudence vous avez commise de sortir sans protection,  ma chère,  vos joues sont toutes rouges.

-Je…bredouilla Sandra.  Vous prenez souvent ce bus ?(à  suivre)

Commenter cet article