Disparition dans le monde des fées

Publié le par Sandrine et Igor

Un jour qui aurait pu être un beau jour car le soleil brillait très haut dans le ciel, la fée Rosea, émergea en baillant d’une rose, où elle avait trouvé refuge pour la nuit. Elle ouvrit les yeux et, toute étonnée, cligna des paupières pour mieux voir. A quelques mètres d’elle, là où il y avait la veille une forêt enchanteresse, il n’y avait plus rien : pas même du noir, rien que du vide.

-Quel est cet affreux sortilège ? gémit la fée, effarée.

Elle réveilla la fée Jaunea, qui dormait dans un iris de la même couleur que sa robe, tout près d’elle.

-Quel désastre ! s’écria son amie. Il faut aller prévenir notre reine.

Les deux fées volèrent à tire d’aile, le plus vite qu’elles le purent en direction du palais de leur souveraine. C’était un lieu d’une beauté qui dépasse tout ce que l’on peut imaginer, un édifice lumineux, composé de morceaux de verre de toutes les couleurs. Les contours des fenêtres étaient faits de pétales de fleurs séchées et les portes de bois étaient joliment sculptées de dessins de feuillages. Des rideaux de fougères ornaient les murs à l’intérieur comme à l’extérieur. Dans la plus grande salle, une cascade ruisselait doucement derrière le trône. Tout n’était que grâce et beauté jusque dans les moindres détails.

Roséa et Jaunéa firent une gracieuse révérence devant leur reine, la douce Violetta, et lui racontèrent l’étrange phénomène dont elles avaient été témoins.

-Cela s’est déjà produit par le passé, affirma la reine, l’air grave. Lorsque les enfants renient notre existence, des parties de notre monde disparaissent. Je vais vous envoyer en mission. En plongeant mon regard dans le lac de cristal, je verrai quels sont les petits humains qui ont déclaré récemment ne pas croire en nous. Il vous faudra leur rendre visite et les faire changer d’avis.

Roséa et Jaunea échangèrent un regard à la fois fier et inquiet. Leur première mission, enfin ! L’occasion peut-être de passer du statut de fée libellule à celui de fée papillon si elles réussissaient.

La reine se leva et disparut dans la pièce voisine pour interroger l’eau cristalline. La fée Verdure vint servir à ses amies un thé de roses et des biscuits de pois de senteurs dans un grand plateau, tressé avec des feuilles de fougères. La collation fit le plus grand bien aux deux créatures ailées qui, toutes à leur hâte de prévenir leur reine, n’avaient pas seulement pris le temps du petit déjeuner.

La reine réapparut et leur sourit.

-Trois enfants, dit-elle, ont nié notre existence hier. Tout d’abord, une petite fille, Agathe, dont le père vient de partir, les abandonnant sa mère et elle. L’enfant dit que, si les fées existaient, son papa serait encore avec elle. Je vais vous envoyer dans sa maison. A vous de voir ce que vous pouvez faire pour cette petite humaine. Lorsque vous aurez accompli cette première mission, pour revenir dans ce monde, il vous suffira de prononcer la formule suivante :

« Piment d’espolette et poudre de perlimpinpin, faîtes qu’en un instant, je retrouve mon chemin. »

Vous serez aussitôt transportées dans ce palais.

Les deux fées acquiescèrent et se préparèrent au départ. En deux-temps trois-mouvements, elles furent dans la maison d’Agathe.

Posées sur le rebord de la fenêtre entrouverte, elles observèrent la chambre de l’enfant. La petite fille s’était endormie, des traces de larmes sur ses joues. Rosea et Jaunea allèrent se poser chacune sur une épaule d’Agathe. Elles entonnèrent doucement une chanson mélodique : leurs ailes battaient en même temps, diffusant un parfum de rose et d’iris. Les narines d’Agathe titillèrent tandis qu’elle entendait :

Petite chérie, n’aie pas de chagrin

La vie s’en va, la vie s’en vient

Ton papa est un homme bien

Un jour ou peut-être demain

Il reviendra, tu le sais bien

Les cils de la petite fille clignèrent, elle ouvrit les yeux.

- Qui êtes-vous ? demanda-t-elle.

-Je suis Roséa, la fée des roses, dit la première en faisant une petite révérence. J’envoie un baiser d’amour à tous ceux qui cueillent mes fleurs avec tendresse.

-Mon papa aime les roses, dit Agathe, alors moi aussi.

-Je suis Jaunéa, la fée des iris, dit la seconde en s’inclinant. J’envoie du soleil à tous ceux qui prennent soin de mes fleurs.

-Mon papa offrait souvent des iris à ma maman, dit Agathe. Sais tu où il se trouve ? Y a-t-il du soleil là où il est ?

-Je sens son cœur, dit Jaunéa. Il est triste et pense à toi énormément. Il ne t’oublie pas, il t’écrira bientôt. Sache que l’amour peut être cruel quand on est grand.

-Je voudrais que papa et maman s’aiment toujours, dit Agathe.

-Leur amour pour toi est plus grand que leurs différends, dit Roséa. Donne-leur du temps.

-Je ne rêve pas, dit Agathe, en se pinçant. Alors vous existez vraiment ?

-Tu le sauras en te réveillant, dit Roséa.

Les deux fées déposèrent un baiser humide de rosée sur les joues de la petite fille. L’eau parfumée glissa sur ses lèvres tandis que les deux créatures ailées s’envolaient en prononçant la formule :

« Piment d’espolette et poudre de perlimpinpin, faîtes qu’en un instant, je retrouve mon chemin. »

 

A peine de retour dans le palais de leur souveraine, les fées se désaltérèrent, prirent une petite collation de marrons et de châtaignes chaudes puis furent dirigées vers leur seconde mission : un petit garçon malade appelé Kevin. L’enfant était au lit, respirant avec difficulté. Rosea posa de frais pétales de rose sur son front et il ouvrit les yeux :

-Vous êtes des anges ? Est-ce que je vais mourir ? demanda t’il.

Jaunéa envoya une pincée d’iris dans les airs pour faire de la lumière autour du lit. Un doux halo les enveloppa tous les trois.

-Nous sommes des fées, dit Jaunéa. Nous sommes venues pour te guérir. Bois cette décoction, elle dissipera ta fièvre à tout jamais.

-Qu’est ce que c’est ? demanda le jeune garçon.

-C’est une potion faite avec des fleurs, certaines n’existent peut-être qu’au royaume des fées, dit Jaunéa.

Pendant qu’il buvait, Rosea décorait sa table de chevet d’un joli bouquet de fleurs. Lorsque Kevin eut bu la dernière gorgée, le halo de lumière autour de son lit s’éteignit doucement. Tandis qu’il se rendormait, guéri, il entendit les fées prononcer cette dernière phrase :

« Piment d’espolette et poudre de perlimpinpin, faîtes qu’en un instant, je retrouve mon chemin. »

 

Rosea et Jaunéa réapparurent dans le palais. Leur journée de travail s’achevait presque, il leur restait si peu de temps pour leur dernière mission qu’elles repartirent aussitôt. Leur visite était pour Elliot, un petit garçon qui vivait dans une maison retirée dans la forêt avec ses parents. Dès qu’elles arrivèrent, les fées virent un enfant au visage triste même dans son sommeil.

Roséa créa un plafond étoilé dans la chambre du petit garçon puis elles l’éveillèrent d’un hululement de chouette.

-Qui êtes-vous ? demanda le petit garçon, le regard au plafond. Etes-vous les amies que j’ai demandées au Père Noël ?

-Pas exactement, dit Roséa. Nous sommes des fées.

-Je n’y crois plus. Je suis si seul. J’ai appelé toutes les créatures imaginaires à ma rescousse et personne n’est venu.

-Nous sommes là, dit Jaunéa. Nous avons beaucoup à faire pour que la magie continue.

-Bon, je veux bien vous croire. Je ne vais pas rater cette chance. Que pouvez-vous pour moi ?

-Tu as des parents qui t’aiment, dit Roséa, et tu es en bonne santé.

-Oui, mais seul au milieu de nulle part. Je suis trop timide et peureux, je ne sais pas apprivoiser les animaux de la forêt comme mon papa. Je voudrais tellement de la compagnie.

-Nous le savons, dit Jaunéa. A ton réveil, tu trouveras une surprise sur ton lit. Aime la très fort, ne ferme pas tes fenêtres cette nuit.

Le petit garçon se leva et ouvrit grand ses fenêtres. Les deux créatures ailées s’envolèrent et disparurent à sa vue dans le ciel étoilé en prononçant la phrase :

« Piment d’espolette et poudre de perlimpinpin, faîtes qu’en un instant, je retrouve mon chemin. »

 

Sitôt au palais, les deux fées épuisées le quittèrent pour aller se coucher dans leur endroit favori.

Au matin, la forêt enchantée était plus belle que jamais. Des écureuils de toutes les couleurs gambadaient, de nouvelles fleurs et des arbres encore plus hauts et plus majestueux étaient apparus, le vide n’était plus. Les deux fées entrèrent dans cette forêt et par un nouveau chemin arrivèrent au palais. Ce dernier était surmonté d’un arc en ciel. Une foule de créatures extraordinaires s’y pressait. Tout était prêt pour la cérémonie qui allait faire d’elles des fées papillons.

-Toutes mes félicitations, dit la Reine. Agathe a retrouvé le sourire et crie qu’elle aime les fées à qui veut l’entendre, Kevin va si bien qu’il a pu aller à l’école ce matin, toute sa classe croit en nous maintenant. Quand à Elliot, il joue avec la petite chienne que vous lui avez offert tout en dessinant des fées. Notre monde est plus beau que jamais grâce à vous et celui des humains aussi. Vous avez désormais tout pouvoir de beauté sur l’univers sans avoir à me consulter pour intervenir chez les hommes.

L’assemblée applaudit et les deux fées, rouges de joie, montèrent les marches jusqu’au trône. Elles remirent leurs ailes libellule à leur reine. Celle-ci leur tendit leurs nouvelles ailes qui, comme celles des papillons, étaient de toutes les couleurs.

Au troisième hip hip hip hourra, elles s’envolèrent vers de nouvelles aventures.

 

Un conte de Sandrine et Igor Weislinger

Publié dans page d'accueil

Commenter cet article