Le fantôme de la chambre rouge

Publié le par Sandrine et Igor

Un conte de Sandrine Liochon

Librement inspiré de la légende du château de Combourg

 

            Il y a de cela maints sabliers renversés et retournés, par une froide journée d’automne, un jeune homme toussotant arriva au château de Combourg.

            Repoussant d’un geste rageur les feuilles mortes que le vent amenait sur ses pieds, il pénétra dans la grande bâtisse, répondant par un grognement à l’accueil aimable qui lui était fait. Malgré quelques remarques timides de son hôtesse, il voulut la plus belle chambre qui restât libre, la chambre rouge, et il monta aussitôt s’y coucher, toussant de plus belle.

            Il s’endormit du sommeil profond et écrasant du malade, espérant se réveiller le plus tard possible.

            Pourtant, lorsqu’il ouvrit les yeux, il faisait nuit noire. Il sentit quelque chose qui bougeait à ses pieds. Se dressant d’un bond sur son séant, il vit un chat noir roulé en boule sur l’édredon, qui le regardait de ses grands yeux orange qui luisaient dans l’obscurité.

            La colère de l’homme s’apaisa. Il entrouvrit les draps, invitant le chat de la main à s’approcher de lui. Le chat vint se pelotonner dans ses bras en ronronnant et ils se rendormirent ainsi.

            Au matin, le convalescent s’éveilla, sa fièvre complètement tombée. Il crut avoir rêvé jusqu’à ce qu’il remarque deux poils noirs sur l’édredon.

            Lorsqu’il parla de son aventure au petit déjeuner, tout le monde se mit à rire et chacun lui assura qu’il avait vu le fantôme du chat du comte de Combourg, un animal qui errait la nuit dans les couloirs en miaulant désespérément.

-Il paraissait très content de ma compagnie, objecta le jeune homme.

-C’est peut-être parce qu’il vous a pris pour son maître car vous dormez dans son lit, objecta son hôte.

            La nuit suivante, l’occupant de la chambre rouge s’éveilla de nouveau au beau milieu de la nuit. Il sentit contre son pied quelque chose de dur et de lisse comme une canne. Il se retourna et poussa un hurlement. Un homme était couché contre lui dans son lit.

-Que faîtes vous là ? demanda t’il.

            L’intrus ne lui répondit pas. Il se leva et se dirigea vers la porte de la chambre en clopinant de sa jambe de bois. Le jeune homme vit que son corps était d’une étrange transparence. Il se mit à trembler et à claquer des dents. Il n’avait jamais cru aux fantômes.

            Alors qu’il se pinçait le bras, il vit le spectre traverser la porte. Il se recoucha mais ne put trouver le sommeil.

            La nuit d’après, ce furent le chat et le spectre tout à la fois qui le tirèrent des songes. Cette fois, il bondit sur ses pieds et les suivit. Ils le conduisirent jusqu’à la salle à manger. Le fantôme lui indiqua d’un doigt transparent une pierre dans le foyer de la cheminée. Le jeune homme l’ôta, non sans peine, car elle était lourde et découvrit dessous une boîte métallique toute rouillée. Il ne parvint pas à l’ouvrir.

            Ce ne fut qu’en s’y attaquant avec une lame de couteau qu’il y réussit le lendemain matin. Ce qu’il découvrit à l’intérieur le stupéfia : c’était un manuscrit inédit de François-René de Châteaubriand. Il s’empressa de porter sa découverte à la mairie où il fut chaudement félicité.

            Les autres nuits qu’il passa au château de Combourg furent délicieusement paisibles. Le chat venait parfois dormir avec lui mais plus d’autre fantôme à l’horizon.

 

L'écrivain François-René de Chateaubriand, qui a immortalisé ce château dans ses mémoires d’outre-tombe, y passa une partie de sa jeunesse dans les années 1770 car son père, René-Auguste, était propriétaire de ce château. Selon ce grand auteur, un comte de Combourg mort depuis trois siècles revenait à certaines époques principalement dans la chambre rouge, qui était alors occupée par René-Auguste de Chateaubriand. Malo-Auguste de Coëtquen (1679-1727) y serait mort dans son lit. Il aurait porté une jambe en bois après avoir perdu sa jambe droite à la bataille de Malplaquet (1709) et hanterait le château parfois accompagné d’un chat noir. Le livre que Châteaubriand a écrit sur les revenants du château est introuvable.

 

Publié dans conte merveilleux

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