Le champignon volant

Publié le par contesetracontes.over-blog.com

 

 

Il était une fois, dans la forêt de Liere, un charmant petit lutin qui s’appelait Chaussetiron. Ce lutin n’était déjà plus très jeune. Il cachait son crâne bien dégarni sous un petit bonnet de coton rouge qu’il s’était cousu lui même. Il avait des joues bien rebondies et était encore très actif malgré son grand âge.

          Il vivait dans un champignon à l’écart du village des lutins depuis la mort de sa femme. Il avait choisi ce lieu un peu retiré pour avoir la place de créer un grand potager autour de sa maison. Il échangeait son surplus de légumes contre les autres produits dont il avait besoin au marché du village lutin, Lutinette, tous les jeudis.

          Tous les jeudis, Chaussetiron, devait donc laisser sa maison et son potager sans surveillance pendant quelques heures. Cela le contrariait au plus haut point car, chaque fois, un troll en profitait pour commettre quelque méfait chez lui : faire des gribouillages sur ses volets ou lui voler des carottes par exemple.

 

          Ce jour là, en revenant du marché avec du pain, du lait, des lacets et le journal, le pauvre lutin constata qu’on lui avait volé une salade et une botte de radis. Comme ces vols duraient depuis plusieurs mois déjà, Chaussetiron décida d’aller demander conseil le lendemain à Bibi La Fricote qui tenait la taverne du village et qui était connu comme un lutin très astucieux jamais à court de bonnes idées.

          Bibi La Fricote commença par lui offrir un bon bock de bière en lui disant que cela lui remonterait le moral et lui remettrait les idées en place puis il réfléchit et suggéra à son ami de prendre un chien.

- Il te tiendra compagnie et il mettra tout voleur en fuite en lui mordant le derrière, dit Bibi. Va voir Lulu Le Campagnard. Sa chienne a mis à bas quatre chiots il y a trois mois. Je crois qu’il lui en reste encore deux à placer.

Chaussetiron trouva que le conseil était bon d’autant que, depuis la mort de sa femme, il se sentait un peu seul. Un chien lui tiendrait agréablement compagnie.

 

Lulu Le Campagnard habitait un grand champignon au milieu des champs. Chaussetiron le trouva en train de dormir dans une botte de foin et patienta jusqu’à son réveil. Lulu fut ravi de sa visite. Il consentit à lui donner l’un de ses chiots en échange d’un saladier de tomates et d’une barquette de fraises.

Chaussetiron appela le chien Joujou car il était toujours à jouer et à gambader. Le lutin fut ravi de son nouveau compagnon si gentil jusqu’au jeudi.

 

Ce jour là, il partit au marché un peu inquiet en laissant son chien dans le potager. Il se demandait si, tout de même, le chiot n’était pas un peu petit pour monter la garde. Et si le troll allait maltraiter la brave bête ou l’enlever ?

Du coup, le lutin fit ses commissions au pas de course. Il rentra chez lui suant et soufflant car marcher à une allure pareille n’était plus de son âge. A son grand soulagement, il constata que Joujou était toujours là en bonne santé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

troll de Capucine
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 Par contre, un troll avait de nouveau cambriolé le potager volant trois concombres et laissant des empreintes de ses pieds partout.

- Ce chien est trop gentil, se dit Chaussetiron, pour attaquer les agresseurs. Il ne doit même pas savoir ce que le mot « voleur » veut dire. Il faut que je trouve une autre solution. Je vais aller cette nuit demander conseil à Houloulou le hibou. On dit que, dans l’obscurité, il a un esprit très vif et très éveillé.

 

Cette nuit là, lorsque la lune fut haute dans le ciel, le lutin prépara une lanterne et se rendit avec son chien, tout excité de cette promenade inattendue, jusqu’au grand chêne où logeait Houloulou. Il exposa son problème au hibou qui l’écouta en clignant des yeux.

- Houhou ! dit-il, ce n’est pas bien difficile. Va voir Titi Le Maréchau et demande lui de te confectionner des pièges que tu mettras dans ton potager pour capturer le voleur.

- C’est une bonne idée, dit Chaussetiron, mais mon chien ne risque t’il pas de se blesser à ces pièges ?

- Montre lui qu’ils sont dangereux en introduisant un gros bâton dans les dents de l’un d’eux. Quand ton chien verra que le piège broie le bâton, il se gardera bien de mettre une de ses pattes dedans, conseilla le hibou.

          Le lutin convint qu’il avait raison et s’en retourna chez lui avec son chien, bien fatigué par cette veille.

          Il alla voir Titi Le Maréchau le lendemain matin. C’était le maréchal ferrant des lutins. Il confectionnait souvent des pièges et en avait toujours quelques uns en réserve. Il consentit à en donner trois à Chaussetiron en échange de deux citrouilles, une botte de radis et une salade.

          Le jour suivant, le lutin partit cette fois tout serein au marché emmenant Joujou avec lui pour être bien sûr qu’il n’arrive rien au chien qui lui était devenu un compagnon indispensable.

          Mais, lorsque le lutin revint avec du pain, du beurre, du fromage et la gazette du village, il vit avec consternation que, se riant de ses pièges, le voleur avait dérobé des framboises et un chou-fleur.

          Cette fois, Chaussetiron décida d’en référer directement à celle qui gouvernait le monde magique de la forêt : la Reine des fées.

          La Reine des fées vivait avec les autres fées dans une grande clairière pleine de fleurs multicolores. Elle aimait beaucoup les lutins et compatit aux ennuis de Chaussetiron.

- Et si tu allais au marché sans que le troll s’en rende compte ? lui suggéra-t-elle. Je vais fabriquer un sosie mécanique parfait de toi. Tu pourras le remonter avec une clé avant de partir au village. Il fonctionnera pendant trois heures ce qui te laissera tout le temps de faire tes courses et de revenir. Tu rentreras chez toi par la porte de derrière pour que le troll ne se doute de rien.

          Le lutin approuva, enthousiasmé, et, en quelques coups de baguette magique, la Reine des fées lui confectionna un sosie parfait qu’elle envoya chez lui par la voie des airs.

- Pour la peine, lui dit-elle, si une fée requiert ton hospitalité ou est blessée, tu l’hébergeras et tu prendras soin d’elle.

- Ce sera un honneur pour moi, dit le lutin qui s’en retourna chez lui avec son chien, tout content.

 

Pendant plusieurs semaines, tout alla bien mais, un jeudi, il se mit à pleuvoir des cordes tandis que Chaussetiron était au marché. Il chercha refuge dans la taverne de Bibi La Fricote à qui il raconta ses récentes aventures. Quand le lutin rentra chez lui, il constata que son pantin mécanique ne marchait plus. La pluie l’avait rouillé et le troll, réalisant la supercherie, en avait profité pour dérober trois potirons.

Chaussetiron retourna voir la Reine des fées.

- L’idéal, lui dit-il, serait que je puisse emmener ma maison et mon jardin avec moi partout où je vais.

- Excellente idée ! répondit la fée. Je vais installer un bouton secret sur le balancier de l’horloge de ta salle à manger. Chaque fois que tu le presseras, tu t’envoleras avec ta maison et ton jardin. Pour faire ton marché, tu n’auras qu’à t’arrêter au dessus du village en immobilisant le balancier et descendre à l’aide d’une échelle de corde faire tes courses.

          Le lutin, tout content, se confondit en remerciements.

 

          Il vécut désormais très heureux avec son chien. Il n’a plus été sujet au moindre vol et peut rendre visite à ses amis sans se fatiguer. Il profite même de son champignon volant pour faire un petit voyage de temps en temps.

          Quand au troll, on dit qu’il en a mangé son chapeau de rage.

 

conte de Sandrine Liochon

 

Première illustration de Capucine Mazille

 

Publié dans conte merveilleux

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