Au four et au moulin-Il forno magico e il mulino

super meunier net

 

Il était une fois, dans le pays des moulins, un maître-meunier qui avait un très très beau moulin à eau. Il était plus grand et moulait quotidiennement plus de grain que les autres moulins à la ronde. Il faisait l’envie de tous les paysans et même des seigneurs des environs.

          Pourtant, Emile le meunier n’était pas heureux. Il se faisait vieux, sa femme était morte sans lui donner de descendance et il ne savait pas auquel de ses deux apprentis céder son moulin.

 

          Tandis que le pauvre homme se tourmentait ainsi pour sa succession, la morte saison arriva, l’eau gela au pied du moulin et le moment vint de prendre quelque repos.

-Je compte sur vous pour revenir dans trois mois, dit Emile à ses deux apprentis, Albert et Nejus. Qu’allez-vous faire d’ici là ?

-Je vais rendre visite à ma vieille mère, dit Albert. Elle habite à trois jours de marche d’ici et cela fait des mois que je n’ai pas pu aller la voir.

-Je vais prêter assistance à mon père qui est bûcheron, répondit Nejus. Avec Noël qui approche et tous les sapins qu’il va falloir abattre, un peu d’aide ne pourra être que la bienvenue.

-Vous êtes tous deux de braves garçons, dit le meunier et j’ai de la chance d’avoir des apprentis tels que vous. Toi, Nejus, avec ta force et toi, Albert, avec ton habileté à traiter avec les paysans, vous ferez tous deux de bons meuniers. Pourtant, c’est injuste mais c’est ainsi, seul l’un de vous deux pourra me succéder. C’est au printemps que je prendrai ma décision. Les autres meuniers n’ont pas ce problème, ils ont tous un ou des enfants pour les remplacer petit à petit mais, moi, je n’ai pas eu cette chance. C’est pourquoi la femme de celui qui me succédera aura autant d’importance que son époux. Vous êtes de braves et courageux meuniers mais trouverez vous une épouse qui fasse une bonne meunière ? Cherchez vous une fiancée et ramenez la avec vous à la mi-mars. Il me sera moins pénible de trancher entre elles qu’entre vous que je connais depuis des années au point d’en être arrivé à vous considérer comme mes fils.

 

          Les deux garçons furent très surpris par les propos du meunier mais ils avaient toujours été très respectueux vis à vis de leur vieux maître qui était un homme avisé et les traitait avec bonté.

          Aussi promirent-ils de faire de leur mieux pour le satisfaire. En son for intérieur, Nejus avait déjà envisagé de se chercher une compagne dans les mois à venir. Quant à Albert, chaque fois qu’il voyait sa mère, elle lui disait la hâte qu’elle avait de faire sauter des petits enfants sur ses genoux. Ce qui contrariait davantage les deux apprentis était que cette rivalité forcée risquait de causer la fin de leur belle amitié. Néanmoins, sans s’en ouvrir l’un à l’autre de peur de voir leurs inquiétudes prendre corps, ils se séparèrent chaleureusement comme toujours.

 


lumiere++moulin

 

        

 Nejus retrouva toute sa famille qui lui fit fête et, tout à la joie de célébrer Noël, il oublia un peu ce que lui avait dit son maître. Ce n’est que fin janvier que la requête du meunier lui revint à la mémoire. Il s’en ouvrit à ses parents.

-J’ai ouï-dire, déclara alors le bûcheron, que tout au cœur de la forêt dans un sous-bois impénétrable jusqu’auquel nous n’allons jamais, se trouve un château dans lequel une princesse est retenue prisonnière par un mystérieux enchantement. Seul son prince charmant pourra la délivrer.

-Je ne suis pas sûr qu’une princesse puisse faire une bonne meunière, rétorqua son fils, mais il ne sera pas dit que j’aurai laissé une gente demoiselle dans la difficulté. Je vais aller sur place voir ce que je peux faire pour elle.

 

          Nejus prit des provisions pour la route et une solide hache de bûcheron afin d’être à même de se tailler un passage dans les recoins les plus obscurs de la forêt. Au dernier moment, son frère cadet, Berus, qui était bûcheron comme leur père, lui proposa de l’accompagner.

-Peut-être y a t’il plusieurs princesses dans ce château, dit-il. Au reste, je n’ai pas besoin d’une princesse. Une jeune fille simple et charmante, fut-elle une servante, me suffira. S’il y a un château avec une princesse dedans, il y a sans doute d’autres occupants.

-Sans doute, approuva Nejus.

 

          Les deux frères se mirent donc en route. Ils marchèrent, taillèrent dans les buissons, cueillirent des mûres sauvages, abattirent un ou deux arbustes, se perdirent un peu et enfin parvinrent en vue d’une habitation.

-C’est ça, le château ? demanda Berus, surpris. Cela ne ressemble pas du tout à l’idée que je m’en faisais. Ce n’est pas très grand, ce n’est pas très beau, il n’y a pas de tour, pas de pont-levis…C’est juste une maison avec des murs envahis par le lierre.

-Les commérages ont dû améliorer la réalité pour la transformer en légende comme c’est souvent le cas, observa Nejus.

-Cela n’a pas l’air habité, ajouta son frère, désappointé.

-Tentons d’entrer, dit son aîné.

          Il essaya d’ouvrir la porte mais elle ne céda pas. Alors les deux frères prirent du recul et, d’un seul élan, se jetèrent contre le panneau de bois qui daigna se déclarer vaincu.

A l’intérieur, la poussière et les toiles d’araignée régnaient en maître. Il n’y avait pas âme qui vive au rez-de-chaussée mais, dans l’une des chambres du premier étage, ils découvrirent trois jeunes filles et un chien changés en statues de pierre. L’une d’elles était couchée avec le chien sur l’édredon dans un grand lit à baldaquin tandis que les deux autres étaient figées assisses chacune sur un fauteuil à droite et à gauche du lit.

          Berus, s’approchant du lit, posa sa main sur le chien en disant :

-La pauvre bête ! Qu’a t’il bien pu faire pour mériter un sort pareil ?

          Alors qu’il caressait la pierre, celle ci se réchauffa progressivement et le chien, recouvrant la vie, aboya joyeusement et lécha avec affection son sauveur.

          A l’exemple de son frère, Nejus se mit à tapoter les mains de la jeune fille qui se trouvait sur le lit, à lui frotter les pieds mais cela resta sans effet. C’est alors que le chien sauta sur le lit de sa maîtresse et lui lécha énergiquement la figure.

-Où suis je ? Qui êtes-vous ? s’écria t’elle en voyant les deux jeunes gens.

          Alors qu’ils s’expliquaient, la porte en bas s’ouvrit dans un grand coup de vent et un homme monta. Il était grand, mince et vêtu comme un sorcier.

-Je suis le mage Doremi, dit-il. Qui vous a permis de délivrer mes prisonniers ?

-Pourquoi les avez-vous changé en pierres ? demanda Nejus.

-Demoiselle Alice avait repoussé l’amour sincère que je lui offrais, ses suivantes effrontées m’avaient ri au nez et le chien m’avait aboyé dessus alors je les ai tous transformés en statues de pierre il y a dix-huit mois de cela pour les punir de leur dédain.

-Pardonnez-moi, s’écria Alice à l’adresse du magicien, j’ai été vaniteuse et sotte. Si vous voulez encore de moi, je consens désormais à être votre épouse.

-Voilà qui est mieux, se réjouit le mage. Partons de suite dans mon royaume célébrer nos noces. Jeunes gens, il vous suffira d’embrasser amoureusement les suivantes pour les délivrer du sort. Choississez donc bien celle que vous préférez. Seul l’amour peut ôter un sortilège jeté avec haine.

-Je vous donne mon chien Boti pour vous exprimer ma gratitude, dit Alice. Il semble vous avoir pris en affection et, du reste, il ne s’entendrait probablement pas avec les chats du magicien.

-Oh, mille merci ! s’exclama Berus, ravi.

          Le mystérieux mage et sa fiancée s’évanouirent dans un nuage de fumée ; Nejus choisit la jeune fille de droite et Berus celle de gauche puis, dans un même élan, ils les embrassèrent et elles reprirent vie dans l’instant.

          Les jeunes gens leur racontèrent ce qui venait de se passer. Anita, celle que Nejus avait choisi, et Clara, celle que Berus avait voulu, leur exprimèrent toute leur reconnaissance. Tous quatre quittèrent en hâte l’étrange demeure suivi de Boti qui gambadait comme un fou tout à la joie de sa liberté retrouvée.

          Ils rentrèrent chez eux tout heureux et Nejus se mit à préparer progressivement Anita au métier de meunière.

 

          Pendant ce temps, Albert était rentré chez sa mère et avait eu la fâcheuse surprise de trouver celle-ci beaucoup plus mal en point qu’il ne s’y attendait. La vieille femme, à laquelle une voisine administrait des soins, mourut deux jours après l’arrivée de son fils comme si elle avait attendu pour rendre son dernier soupir de l’avoir revu une dernière fois.

          La voisine, qui s’appelait Angèle, était jeune et pleine d’énergie. Elle s’offrit pour remettre la maison en ordre et le jeune homme, qui se sentait dépassé par les évènements, accepta.

-A présent que je suis orphelin, songea t’il, il est d’autant plus nécessaire pour moi de me marier.

 

          Il apprit d’Angèle qu’elle était seule au monde également car ses parents étaient décédés de la petite vérole l’an passé. La jeune fille, avec laquelle il avait joué dans son enfance, lui plaisait de plus en plus et il en vint à trouver des prétextes pour la faire venir chez lui ou pour lui rendre visite. Il se mit à chasser beaucoup afin de solliciter l’aide de la jeune fille pour dépecer les bêtes, il lui offrit des vêtements ayant appartenu à sa mère, lui demanda son avis sur ce qu’il devait vendre et ce qu’il devait garder…Au bout d’un mois, il ne pouvait tout simplement plus se passer d’elle.

          Il lui dit donc qu’il l’aimait et lui demanda de devenir sa femme. Seulement, comme il était pauvre, il n’avait pas les moyens de lui offrir une bague de fiançailles. Il lui demanda donc ce qu’elle désirait comme présent.

-Je veux le four magique qui s’allume tout seul, lui répondit-elle.

-Misère de misère, se dit-il. Il y a des jeunes filles qui ont des prétentions simples et il a fallu que j’en choississe une qui veut que l’on décroche la lune pour elle.

-Où puis-je trouver un tel four ? demanda t’il en soupirant.

-Si je le savais, je serais déjà allée le chercher, répliqua Angèle. Mais je suis sûre que toi, avec ton habileté et ta force, tu le trouveras sans mal.

          Albert vit bien qu’il lui fallait en passer par là où elle le souhaitait. Il mit donc dans un sac quelques vêtements et provisions puis il partit. A tous ceux qu’il croisait, il demandait s’ils avaient entendu parler d’un tel four.

          Tous répondaient négativement.

 

          Un jour, enfin, un petit rouge-gorge lui dit :

-J’ai volé au dessus d’un tel four, il dégageait une forte chaleur et, pourtant, il n’y avait personne pour l’activer. Il se trouve un peu plus au nord près d’un puits de mine abandonné.

          Encouragé par cette nouvelle, Albert accéléra la cadence de ses pas et il découvrit le fameux four au bout de deux heures de marche.


 

four magiquuenoir

 

 

Il mit ses gants puis tenta de le soulever. Le four se mit à protester bruyamment :

-Hé là ! Hé là ! Où vous croyez-vous ? Depuis quand transporte t’on les gens sans leur demander leur avis ?

-Pardonnez-moi, dit le jeune homme, confus. Je ne savais pas que vous étiez vivant.

-Pendant des années, j’ai servi aux ouvriers de la mine à faire cuire leur nourriture. Lorsque le gisement a été épuisé et le site abandonné, le propriétaire de la mine, le mage Doremi, m’a donné vie pour me récompenser. Mais je m’ennuie ici, c’est terrible à quel point je m’ennuie.

-Ne pouvez-vous changer de place ?

-Je le peux. La nuit, je me promène un peu dans la forêt mais le jour, je n’ose pas. Des personnes malveillantes pourraient me détruire en me traitant d’objet de sorcellerie. Pourquoi es tu venu jusqu’à moi ? Tu as quelque chose à faire cuire ?

-En fait, non, dit Albert. Ma fiancée te veut pour présent de fiançailles car elle pourra, avec ton aide, réaliser toutes les pâtisseries qu’elle voudra. Viens avec moi. Nous ne cheminerons que de nuit pour ne pas nous faire remarquer. Si quelqu’un nous voit, je ferai semblant de te porter. Une fois dans ma maison, tu seras en sécurité.

-Ma foi, répondit le four, tu me sembles un jeune homme sympathique et je veux bien te faire confiance. Faisons donc comme tu le proposes.

 

          Le soir venu, ils se mirent donc en route le four sautillant aux côtés d’Albert.

          Quand ils arrivèrent au village natal du jeune homme, ils réveillèrent Angèle qui poussa des cris de joie à la vue du four magique. Elle l’essaya dès le lendemain matin et en fut enchantée.

          Cependant Albert était bien ennuyé car il ne lui restait plus que quelques jours avant d’aller retrouver son maître-meunier et il savait qu’Angèle n’accepterait pas à l’accompagner si le four n’était pas du voyage. Mais le four consentirait-il à ce nouveau déplacement ?

          L’apprenti meunier lui fit valoir qu’il serait bénéfique pour lui de se trouver à côté d’un moulin car, avec toute la farine qui s’y créait, c’était un endroit idéal pour cuire du pain et des gâteaux.

          Le four réfléchit et acquiesça :

-Tu as raison. D’ailleurs, je n’ai pas beaucoup voyagé dans ma vie jusqu’ici. Je serai content de voir un peu du pays.

 

          Tous trois se mirent donc en route. Ils atteignirent le moulin le lendemain de l’arrivée de Nejus et d’Anita. Le maître-meunier mit les jeunes filles à l’épreuve de plusieurs manières. Finalement, il réunit ses deux apprentis et leur dit :

-Une bonne meunière est une meunière prompte à répondre à la demande du client. Vous allez tous deux appeler vos fiancées en même temps. La première des deux qui sera là deviendra la meunière en titre du moulin.

          Anita arriva tout de suite mais Angèle tarda à se montrer. Comme son fiancé lui en faisait réprimande, elle rétorqua :

-J’étais en train d’enfourner un excellent gâteau pour le dîner de ce soir. Je ne peux pas être à la fois au four et au moulin.

-Elle a raison, dit le maître-meunier. Nejus et Anita me succèderont au moulin. Quand à toi, Albert, je te suggère d’ouvrir avec ta fiancée une pâtisserie à côté du moulin.

-C’est une excellente idée, s’écria Nejus. Ainsi, nous pourrons continuer à travailler ensemble comme par le passé. Dis oui, Albert, je t’en prie.

          Le jeune homme regarda Angèle qui le supplia des yeux d’accepter et prit sa résolution.

-Eh bien, soit. Après tout, c’est la meilleure solution.

 

          Les deux mariages furent célébrés le même jour. Les deux ménages vécurent toujours dans le bonheur et l’harmonie sans jamais souffrir du froid ni de la faim même par le plus rigoureux des hivers ce grâce aux bons offices du four magique.

 

  Un conte de Sandrine Liochon

 

illustrations d'Olivier Almouzni

 

Il forno magico e il mulino

 

traduction italienne de Caterina Tassinari

 

 

C’era una volta, nel paese dei mulini, un mastro mugnaio che possedeva un bellissimo mulino ad acqua. Era più grande e macinava più grano dei mulini vicini. Suscitava l’invidia di tutti i contadini e addirittura dei signori dei dintorni.

Eppure, Emile il mugnaio non era felice: stava invecchiando, sua moglie era morta senza dargli discendenza e lui non sapeva a quale dei suoi due apprendisti cedere il mulino.

Mentre il pover’uomo si tormentava in questo modo pensando alla sua successione, arrivò l’inverno, l’acqua ai piedi del mulino gelò e venne il momento di riposarsi.

-Conto che ritorniate fra tre mesi- disse Emile ai suoi due apprendisti, Albert e Nejus. –Cosa farete fino ad allora?

-Io andrò a far visita alla mia anziana madre- disse Albert. –Abita a tre giorni di cammino da qui e sono mesi che non la vedo.

-Io aiuterò mio padre, che è boscaiolo- rispose Nejus. –Col Natale che si avvicina e tutti gli abeti che ci saranno da abbattere, sarà contento di avere un po’ d’aiuto.

-Siete entrambi dei bravi ragazzi- disse il mugnaio –e sono fortunato ad avere due apprendisti come voi. Tu, Nejus, con la tua forza, e tu, Albert, con la tua abilità a trattare con i contadini, diventerete bravi mugnai. Però solo uno di voi potrà succedermi: è ingiusto, ma è così. Prenderò la mia decisione in primavera. Gli altri mugnai non hanno questo problema, perché hanno tutti almeno un figlio che possa sostituirli a poco a poco, mentre io non ho avuto questa fortuna. Ecco perché la moglie del mio successore avrà la stessa importanza del marito: voi siete mugnai abili e coraggiosi, ma troverete una moglie che sia una brava mugnaia? Cercatevi una fidanzata e portatela qui a metà marzo: mi sarà meno difficile scegliere una di loro che uno di voi. Vi conosco da anni e ormai vi considero figli miei.

I due ragazzi furono molto sorpresi dalla proposta del mugnaio, ma erano sempre stati molto rispettosi nei confronti del loro anziano padrone, che era un uomo saggio e li trattava bene, perciò promisero di fare del proprio meglio per soddisfarlo. Nejus aveva già pensato fra sé e sé di cercarsi una compagna nei mesi a venire; quanto ad Albert, sua madre, ogni volta che lo vedeva, gli ripeteva che aveva fretta di avere dei nipotini da prendere in braccio. Ciò che contrariava di più i due apprendisti era che questa rivalità forzata rischiava di causare la fine della loro bella amicizia, tuttavia si separarono calorosamente come al solito, senza parlare dei propri timori per paura che prendessero corpo.

 

Nejus ritrovò tutta la sua famiglia a fargli festa, e, preso com’era dalla gioia di celebrare il Natale, dimenticò quel che gli aveva detto il padrone: fu solo a fine gennaio che gli tornò in mente la richiesta del mugnaio, e ne parlò ai genitori.

-Ho sentito dire- fece allora il boscaiolo –che nel cuore della foresta, in un sottobosco impenetrabile fino al quale non ci spingiamo mai, si trova un castello in cui una principessa è tenuta prigioniera da un misterioso incantesimo. Solo il suo principe azzurro potrà liberarla.

-Non sono sicuro che una principessa possa divenire una brava mugnaia- replicò il figlio, –ma non si potrà dire che non ho aiutato una damigella in difficoltà. Andrò a vedere cosa posso fare per lei.

 

Nejus prese delle provviste per il viaggio e una solida ascia da boscaiolo per potersi aprire un varco negli angoli più oscuri della foresta. All’ultimo momento Berus, suo fratello minore, boscaiolo come il padre, gli propose di accompagnarlo.

-Forse c’è più di una principessa in quel castello- disse. Del resto, non ho bisogno di una principessa: mi basterà una ragazza giovane e bella, fosse pure una cameriera. Se c’è un castello con dentro una principessa, forse ci saranno anche altre persone con lei.

-Forse sì- convenne Nejus.

 

I due fratelli si misero dunque in viaggio. Camminarono, si aprirono un varco fra i cespugli, colsero more selvatiche, abbatterono uno o due arbusti, si persero e giunsero infine in vista di un’abitazione.

-E’ quello il castello?- chiese Berus, sorpreso. –Non assomiglia per niente all’idea che mi ero fatto. Non è molto grande, non è molto bello, non ci sono torri né ponti levatoi… è solo una casa con i muri invasi dall’edera.

-Probabilmente i pettegolezzi hanno migliorato la realtà per trasformarla in leggenda, come spesso accade- osservò Nejus.

-Sembra disabitata- aggiunse il fratello, deluso.

-Tentiamo di entrare- disse Nejus.

Cercò di aprire la porta, ma essa non cedette. Allora i due fratelli presero la rincorsa e si gettarono insieme contro il pannello di legno, vincendo infine la sua resistenza.

All’interno, la polvere e le ragnatele regnavano sovrane. Al piano terra non c’era anima viva, ma in una delle stanze al primo piano scoprirono tre ragazze e un cane mutati in statue di pietra. Una delle ragazze era coricata in un grande letto a baldacchino, con il cane sulla trapunta, mentre le altre erano sedute su due poltrone, una  a sinistra e una a destra del letto.

 

Berus si avvicinò al letto, posò la mano sul cane e disse:

-Povera bestia! Cos’avrà fatto per meritare una sorte simile?

Mentre accarezzava la pietra, questa si riscaldò sempre più, e il cane, ritrovando la vita, abbaiò gioioso e leccò con affetto il suo salvatore.

Seguendo l’esempio del fratello, Nejus diede qualche colpetto sulle mani della ragazza nel letto e le strofinò i piedi, ma senza risultato. Fu allora che il cane saltò sul letto della padrona e le leccò energicamente il viso.

-Dove sono? Chi siete?- gridò lei nel vedere i due ragazzi.

Mentre le spiegavano, la porta d’ingresso si aprì con un gran colpo di vento e apparve un uomo: era alto, magro e vestito da stregone.

-Sono il mago Doremì- disse. –Chi vi ha permesso di liberare i miei prigionieri?

-Perché li avete tramutati in pietra?- chiese Nejus.

-Madamigella Alice aveva respinto l’amore sincero che le offrivo, le sue sfrontate dame di compagnia mi avevano riso in faccia e il suo cane aveva abbaiato contro di me; allora li ho trasformati tutti in statue di pietra diciotto mesi fa, per punirli per il loro disprezzo.

-Perdonatemi- gridò Alice rivolgendosi al mago, -sono stata sciocca e vanitosa. Se mi volete ancora, acconsento a sposarvi.

-Così va meglio- si rallegrò il mago. –Andiamo subito nel mio reame a celebrare le nozze! Ragazzi, vi basterà baciare con amore le damigelle per liberarle dall’incantesimo. Scegliete bene quella che preferite: solo l’amore può spezzare un sortilegio gettato con odio.

-Vi dono il mio cane Botì per esprimervi la mia gratitudine- disse Alice. –Sembra che si sia affezionato a voi. Oltretutto, forse non andrebbe d’accordo con i gatti del mago.

-Oh, grazie infinite!- esclamò Berus, tutto contento.

 

Il misterioso mago e la sua fidanzata svanirono in una nuvola di fumo. Nejus scelse la ragazza a sinistra e Berus quella a destra, poi, insieme, le baciarono ed esse ripresero vita all’istante.

I ragazzi raccontarono loro cos’era successo. Anita, la ragazza scelta da Nejus, e Clara, quella voluta da Berus, espressero tutta la loro riconoscenza. I quattro lasciarono in fretta la strana dimora, seguiti da Botì, che saltellava come un pazzo, felice di aver ritrovato la libertà.

Rientrarono a casa felicissimi e Nejus iniziò a preparare a poco a poco Anita al mestiere di mugnaia.

 

Nel frattempo Albert era tornato da sua madre e aveva avuto una brutta sorpresa: l’aveva trovata in condizioni molto peggiori di quanto si aspettasse. L’anziana donna, di cui si prendeva cura una vicina, morì due giorni dopo l’arrivo del figlio, come se avesse aspettato di vederlo un’ultima volta prima di esalare l’ultimo respiro.

La vicina, Angèle, era giovane e piena di energia: si offrì di risistemare la casa e il ragazzo, che si sentiva sopraffatto dagli eventi, accettò. “Ora che sono orfano”pensò, “è ancor più necessario che mi sposi”.

 

Albert seppe da Angèle che anche lei era sola al mondo, perché i suoi genitori erano morti di vaiolo l’anno precedente. La ragazza, con cui aveva giocato da piccolo, gli piaceva sempre di più e iniziò a cercare pretesti per invitarla a casa sua o per andarla a trovare. Si mise a cacciare molto per chiedere l’aiuto di Angèle a scuoiare le bestie, le regalò alcuni vestiti appartenuti a sua madre, le chiese un parere su cosa avrebbe dovuto vendere o tenere… in capo a un mese, semplicemente non poteva più fare a meno di lei.

Le disse dunque che l’amava e le chiese di sposarlo: solo, siccome era povero, non poteva permettersi di regalarle un anello di fidanzamento, perciò le chiese cosa desiderasse in dono.

-Voglio il forno magico che si accende da solo- rispose Angèle.

“Povero me!” si disse Albert. “Ci sono ragazze dalle pretese semplici: bisognava proprio che ne scegliessi una che vuole in dono la luna!” -Dove posso trovare un forno simile?- chiese poi, con un sospiro.

-Se l’avessi saputo sarei già andata a cercarlo- replicò lei. –Ma sono sicura che con la tua abilità e la tua forza lo troverai senza fatica.

Albert vide che era necessario fare come desiderava Angèle: mise dunque in un sacco qualche vestito e delle provviste, quindi partì. A tutti quelli che incontrava chiedeva se avessero mai sentito parlare di un forno magico, ma ognuno rispondeva di no.

 

Un giorno, finalmente, un piccolo pettirosso gli disse:

-Sono passato in volo sopra un forno del genere: emanava un forte calore, eppure non c’era nessuno ad accenderlo. Si trova poco più a nord, presso il pozzo di una miniera abbandonata.

Incoraggiato dalla notizia, Albert allungò il passo e trovò il famoso forno dopo due ore di cammino. Dopo aver indossato i guanti, tentò di sollevarlo.

Il forno si mise a protestare rumorosamente:

-Ehi, ehi! Dove credi di essere? Da quando in qua si trasporta la gente senza chiedere prima il permesso?

-Scusami- disse il ragazzo, confuso. –Non sapevo che fossi vivo.

-Per anni ho cotto il cibo degli operai della miniera: da quando il giacimento si è esaurito e la zona è stata abbandonata, il proprietario della miniera, il mago Doremì, per ricompensarmi mi ha donato la vita. Ma qui mi annoio, mi annoio da morire!

-Non puoi cambiare posto?

-Sì che posso. La notte passeggio un po’nella foresta, ma non oso farlo di giorno: delle persone malvagie potrebbero distruggermi credendomi stregato. Perché sei venuto da me? Hai qualcosa da farmi cuocere?

-In realtà no- rispose Albert. –La mia fidanzata ti vuole come regalo di fidanzamento: in questo modo, con il tuo aiuto potrà cuocere tutti i dolci che vorrà. Vieni con me. Cammineremo solo di notte per non farci notare, e se qualcuno ci vede fingerò di trasportarti. Una volta a casa mia, sarai al sicuro.

-Parola mia- disse il forno, -sembri un ragazzo simpatico e voglio darti fiducia: faremo come dici.

 

Giunta la sera, si misero dunque in cammino, con il forno che saltellava a fianco di Albert.

Quando arrivarono al villaggio del ragazzo, svegliarono Angèle, che lanciò grida di gioia alla vista del forno magico: l’indomani lo provò e ne fu molto soddisfatta.

Albert, però, era piuttosto preoccupato, perché gi restavano solo pochi giorni prima di tornare dal suo padrone, e sapeva che Angèle non avrebbe accettato di accompagnarlo se non fosse venuto anche il forno. Ma quest’ultimo avrebbe acconsentito a un nuovo spostamento?

L’apprendista mugnaio lo convinse che per lui sarebbe stato un bene trovarsi accanto a un mulino, perché, con tutta la farina che vi si creava, sarebbe stato il luogo ideale per cuocere pane e torte.

Il forno rifletté e annuì: -Hai ragione. Del resto, non ho viaggiato molto fino ad ora: sarò contento di vedere posti nuovi.

 

Si misero dunque in cammino tutti e tre e raggiunsero il mulino il giorno dopo l’arrivo di Nejus e Anita. Il mastro mugnaio mise alla prova le due ragazze in diversi modi. Infine, riunì i suoi due apprendisti e disse:

-Una brava mugnaia è una mugnaia pronta a rispondere alla domanda del cliente. Chiamerete entrambe le vostre fidanzate allo stesso momento: la prima di loro a presentarsi diverrà la mugnaia del mulino.

Anita arrivò subito, ma Angèle tardò a farsi viva. Quando il fidanzato la rimproverò, lei rispose:

-Stavo infornando una torta squisita per la cena di stasera. Non posso essere contemporaneamente al forno e al mulino!

-Ha ragione- disse il mastro mugnaio. –Nejus e Anita prenderanno il mio posto. Quanto a te, Albert, ti suggerisco di aprire una pasticceria accanto al mulino insieme alla tua fidanzata.

-E’ una splendida idea!- gridò Nejus. –Così potremo continuare a lavorare insieme come una volta… ti prego, Albert, di’ di sì!

Il ragazzo guardò Angèle, che lo supplicò con lo sguardo di accettare, e prese la sua decisione.

-Ebbene, sia! Dopotutto, è la soluzione migliore.

 

I due matrimoni furono celebrati lo stesso giorno. Le due coppie vissero per sempre felici e in armonia senza mai soffrire il freddo o la fame, neppure negli inverni più rigidi, grazie ai buoni servigi del forno magico.

 

 

 

(traduzione di Caterina Tassinari)

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :