Magie, magie

Tous à vos grimoires, tous à vos chapeaux, tous à vos baguettes, abracadabri, abracadabra, il était une fois une jeune magicienne prénommée Maguy qui vivait avec sa famille dans une roulotte. Elle aimait beaucoup voyager mais elle était parfois triste de ne pas avoir d’amis. Aussi son meilleur ami était il le cheval qui tirait la roulotte et qui s’appelait Flanflan parce qu’il aimait beaucoup ce dessert.

            Pour ses tours qu’elle ne réussissait guère, elle prenait souvent Flanflan comme cobaye. Ainsi, il fut vert, jaune, avec des ailes, une corne, il eut trois queues, un dentier, de vrais cheveux mais jamais ce qu’elle formulait.

            Ses parents n’avaient pas les moyens de l’envoyer dans une école de magiciens et, malgré leur apprentissage, ils se désespéraient à ce que Maguy réussisse à devenir une bonne magicienne. Ils décidèrent donc que, désormais, lors de leur prochaine étape, ils chercheraient pour elle un magicien avec lequel elle pourrait passer le restant de ses jours.

 

            La roulotte ne suivait pas le même itinéraire tous les ans. Seule une étape ne changeait jamais. Il s’agissait d’une réunion internationale de magiciens qui avait lieu la nuit de la St Jean. Les parents de Maguy comptaient y trouver un prétendant pour leur fille.

            Ils arrivèrent au matin sur le pont d’Avignon. Il y avait un embouteillage énorme de chevaux, de calèches et d’autres roulottes. Les gens sifflaient, les chiens aboyaient, c’était une belle cacophonie. Maguy semblait toute excitée à l’idée de retrouver des visages de connaissance. Flanflan, qui avait exceptionnellement son aspect ordinaire de cheval, portait un habit bizarre fait de losanges multicolores et de grelots. Ils ne passèrent pas inaperçus quand ils entrèrent dans l’enceinte de la ville.

            Après s’être installés près de la place des Papes, ses parents demandèrent à Maguy d’aller s’inscrire pour le grand concours annuel de sorcellerie pour la première fois. Elle acquiesça, toute contente. Tous les concurrents étaient des apprentis en magie qui devaient présenter le tour de magie le plus remarquable possible.

            L’épreuve avait lieu le lendemain, Maguy commença dès l’après-midi à s’exercer avec son cheval. Autour d’elle, d’autres débutants s’entraînaient également. Pour qui prenait le temps de le regarder, le spectacle était des plus insolites. Un garçon essayait de transformer l’armature de fer de sa roulotte en eau ; sa mère sortit en brandissant une casserole, furieuse de s’être fait doucher. Un autre envoyait un aigle dans le ciel en lui faisant laisser une traînée de feu qui atteignit plusieurs coiffures. Une fille se laissait pousser des oreilles de lapin mais les oreilles n’en finissaient pas de grandir et les gens marchaient dessus. On en passe et des meilleures.

            Vint le soir. Les parents de Maguy invitèrent leurs voisins, les Machemalote, à partager leur repas. Ces derniers avaient trois fils de l’âge de Maguy. Il y avait un brun à la lèvre un peu boudeuse, un roux qui ressemblait à une carotte crue et un gringalet qui était plus grand que son cheval. Aucun d’eux n’intéressa la jeune fille malgré les efforts qu’ils firent pour lui plaire. Ils restaient des amis. Les bonbons crées par l’un étaient trop acidulés, les fleurs de l’autre avaient plus de piquants que de boutons. Quand au troisième, il ne savait que sourire sans rien dire.

            Après le repas, la jeune fille demanda la permission de faire un tour. Ses parents, tristes qu’elle n’ait pas été séduite par un des voisins, acceptèrent en lui demandant d’être prudente. Elle prit la direction des hauteurs car elle voulait voir la ville de haut au clair de lune.

            Dans le jardin qui jouxte le palais, un air de musique l’attira. Elle vit en s’approchant un jeune homme qui avait, posé sur son bras, un oiseau qui sifflait admirablement. Devant lui dansait un singe, un serpent, un cygne et un cochon. Chaque animal reprenait le refrain de la chanson de l’oiseau dans sa langue.

-C’est incroyable ! dit Maguy. Si vous présentez ce numéro au concours de demain, vous êtes sûr de gagner.

-Je ne suis pas magicien et je ne participe à aucun concours, dit le jeune homme. Je suis juste un grand ami des bêtes.

-Comme je vous envie ! J’adore mon cheval qui est mon meilleur ami. Pourtant, je n’arrive jamais à rien avec lui. Demain, nous devons faire un tour mais il y a de fortes chances que cela rate.

-Aie confiance en toi, c’est la première condition nécessaire pour réussir. Ensuite le courant d’amour qu’il y a entre ton cheval et toi doit être visible de tous. Si tu t’émerveilles autant, c’est parce que mes animaux m’aiment, que je les aime et que nous savons le faire partager.

-Quoi d’autre encore ?

-De la patience, de l’attention, de la douceur, de la persévérance, du courage et de la joie.

-Ce ne sont pas des formules magiques, dit Maguy.

-La magie, c’est tout cela réuni. Ne crois tu pas que notre rencontre soit déjà magique ? Quand a lieu ton concours ? Je désire venir te voir pour te soutenir.

-Ta présence me ferait chaud au cœur, dit elle en rougissant. C’est demain dans l’après midi sur la grande place.

            Avant de le quitter, elle caressa tous les animaux et posa un baiser sur le front du jeune homme. Ils entonnèrent une nouvelle musique plus forte que la précédente pour qu’elle l’entende jusqu’à son retour à sa roulotte. Ce soir là, Maguy s’endormit des étoiles plein la tête.

            Le matin, dès l’aube, Maguy était la première à s’exercer. Elle essayait de suivre les conseils du musicien rencontré la veille mais elle avait du mal à ne pas se laisser distraire. Le moindre gazouillis d’oiseau la sortait de son tour.

            La matinée battait son plein quand le jeune musicien arriva accompagné de ses animaux. Il se présenta aux parents de Maguy en leur offrant une colombe ce qui leur plut tout de suite. Il proposa à la jeune fille de faire une pause et d’aller se promener sur son cheval.

            Flanflan adopta tout de suite son nouveau cavalier. Ils quittèrent la ville pour les champs et descendirent de cheval au bord d’un ruisseau. Il faisait chaud. Ils se penchèrent pour boire l’eau fraîche. Maguy fut troublée de voir leurs deux reflets se fondre si aisément en un. Leurs lèvres s’approchèrent. Sans mot dire, ils s’embrassèrent.

            A leur retour en ville, Maguy était plus confiante que jamais. Elle annonça à ses parents que la ville lui plaisait beaucoup et qu’elle envisageait d’y rester si elle réussissait le concours. Ses parents comprirent que le jeune homme y était certainement pour quelque chose, ils échangèrent un clin d’œil complice.

            Le moment du concours arriva. Elle tira son numéro de passage, elle était la dernière. On eut droit à des numéros très réussis et à de véritables échecs. Le plus extraordinaire fut la disparition du palais pendant quelques secondes et le plus raté fut le galant maladroit qui échoua à offrir une robe somptueuse à la présidente du jury. Il la couvrit de boue.

            Maguy et le jeune musicien se distrayaient beaucoup. En sa compagnie, la jeune fille était très détendue quand vint son tour. Elle lui proposa d’y participer et il accepta, montant sur le dos du cheval. Alors que ses animaux à terre commencèrent à chanter, Maguy prononça sa formula magique :

-Astrapi Astrapa kouroukoufou par ci par là, cheval, envole toi !

            Sur les flancs de Flanflan apparurent deux belles ailes. Ils s’envolèrent quelques instants jusqu’au toit du palais des papes avant de redescendre sous un tonnerre d’applaudissements.

            Pour la première fois, un des tours de magie de Maguy avait réussi du premier coup. Ils s’embrassèrent sous les yeux du public et de ses parents et reprirent leur envol, cette fois ci accompagnés de tous les animaux, pour on ne sait où.

-C’est grâce à toi que mon tour a réussi, dit Maguy dans le ciel.

-Je t’avais bien dit que l’amour était magique, dit le musicien.

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